Accueil > Le projet de départ > Objets / Mots > Verre d’eau

Verre d’eau

mercredi 30 juillet 2014

« Verre d’eau » vu par Francis Ponge

Le mot VERRE D’EAU serait en quelque façon adéquat à l’objet qu’il désigne… Commençant par un v, finissant par un u, les deux seules lettres en forme de vase ou de verre. Par ailleurs, j’aime assez que dans VERRE, après la forme (donnée par le V), soit donnée la matière par les deux syllabes ERRE, parfaitement symétriques comme si, placées de part et d’autre de la paroi du verre, l’une à l’intérieur, l’autre à l’extérieur, elles se reflétaient l’une en l’autre.

Le fait que la voyelle utilisée soit la plus muette, la plus grise, le E, fait également très adéquat. Enfin, quant à la consonne utilisée, le R, le roulement produit par son redoublement est excellent aussi, car il semble qu’il suffirait de prononcer très fort ou très intensément le mot VERRE en présence de l’objet qu’il désigne pour que, la matière de l’objet violemment secouée par les vibrations de la voix prononçant son nom, l’objet lui-même vole en éclats. (Ce qui rendrait bien compte d’une des principales propriétés du verre : sa fragilité.)

Ce n’est pas tout. Dans VERRE D’EAU, après VERRE (et ce que je viens d’en dire) il y a EAU. Eh bien, EAU à cette place est très bien aussi : à cause d’abord des voyelles qui le forment. Dont la première, le E, venant après celui répété qui est dans VERRE, rend bien compte de la parenté de matière entre le contenant et le contenu, – et la seconde, le A (le fait aussi que comme dans OEIL il y ait là diphtongue suivie d’une troisième voyelle) – rend compte de l’oeil que la présence de l’eau donne au verre qu’elle emplit (l’oeil, ici, au sens de lustre mouvant, de poli mouvant). Enfin, après le côté suspendu du mot VERRE (convenant bien au verre vide), le côté lourd, pesant sur le sol, du mot EAU fait s’asseoir le verre et rend compte de l’accroissement de poids (et d’intérêt) du verre empli d’eau. J’ai donné mes louanges à la forme du u.

Francis Ponge, Méthodes, 1961

« Verre d’eau » dans l’Art

Nature morte avec cruches - André Masson Gobelet cylindrique renforcé - Georges Bontemps Verre - Chateau de Fontainebleau Durst, griechenland - Herbert List Enfant à la toilette - André Kertesz Le panier de fraises des bois - Jean-Baptiste Simeon (...) Le panier de prunes - Jean-Baptiste Simeon Chardin Verre d'eau et figues - Zakarian Zacharie

Répondre à cet article

Informations

  • Auteurs ?

    - Direction des Affaires Scolaires de la Ville de Paris

    - Centre Paris Lecture

    - Responsable Education Ville (REV) de Paris

    - Animatrices et animateurs des écoles volontaires

    - Réalisation technique : Robert Caron

    - Bandes dessinées : Boutanox

    Remerciements aux participants de la liste Spip et tout particulièrement à Bernard Blazin et Maïeul Rouquette.

  • Des lieux ?

    Les écoles qui participent.

  • Ateliers ?

    Des productions par types d’ateliers.

  • Objets / Mots ?

    Des ressources ? Des idées ?

  • Présentation ?

    Robert : - Mémé, c’est important d’avoir des « p’tits cailloux » dans sa poche ?

    Mémé : - Pour la machine à laver, pas du tout, ça la coince… Mais si c’est pour autre chose, je ne sais pas. Tu veux en faire quoi de tes « p’tits cailloux » ?

    Robert : - C’est à cause du « P’tit Poucet » qui a retrouvé son chemin grâce aux « P’tits cailloux »…

    Mémé : - Ah oui, je vois… Mais tu n’es pas obligé d’utiliser tout le temps des cailloux pour retrouver par où tu es passé. Parce que si tu veux tout retrouver, il te faudra bien plus qu’une poche et tu vas devoir investir dans un semi-remorque…

    Robert : - Comment on fait alors sans caillou ?

    Mémé : - Ben regarde, sur le buffet, il y a l’album photo de la famille. Tu peux retrouver quand tu étais petit et quand j’étais toute jeune et que pépé était tout beau. Tu peux refaire tout le chemin rien qu’avec des photos, tu vois ?

    Robert : - Oui, mais à chaque fois qu’on le regarde, tu es obligée de m’expliquer où c’était, quand c’était et qui étaient les personnes que je n’ai jamais vu…

    Mémé : - C’est vrai, tu as raison. Tu me donnes une idée. En plus des « P’tits cailloux » de photos, je vais rajouter des « P’tits cailloux » de mots. Comme ça tu comprendras sans moi, tout seul…

    Robert : - Oui, je comprendrai quand je serai grand parce qu’en ce moment, je ne suis pas très professionnel pour lire les mots…

    Mémé : - Bon, d’accord. En plus des mots (pour plus tard), je vais te faire des dessins ou rajouter des images. Là, je pense que tu auras ce qu’il faut…

    Robert : - Dis donc, j’y pense, le « P’tit Poucet », il n’était pas un « p’tit peu » ballot à se trimballer avec des tonnes de « p’tits cailloux » dans sa poche ? Il aurait pu prendre un carnet et dessiner par où il était passé, non ?

    Mémé : - Je suis bien de ton avis. C’est d’ailleurs pour ça que j’aimerais mieux que tu ne le fréquentes plus. Je tiens à ma machine à laver, et je suis fatiguée de recoudre tes poches de pantalon.

M-à-J : jeudi 1er décembre 2016